L’été de la St-Martin à Ferpècle

La langue du glacier de Ferpècle s’est effondrée en un trou géant

Ferpècle, un petit matin d’automne serein: mélèzes couleur d’or, chamois couleur ébène, torrents gelés malgré la douceur ambiante. Les pentes d’herbe ont viré au brun et il devient difficile d’y distinguer le pelage du bouquetin. Pourtant, ça et là, fleurissent encore quelques pensées ou violettes automnales, témoins d’une abondance printanières colorée. Un mince filet d’eau s’est figé à même les dalles jadis polies par le glacier; il est contraint à l’immobilité par un vent frais qui dévale des hauts sommets. Le courant descendant siffle une mélodie triste, amplifiée par de profonds tuyaux d’orgue sculptés dans la moraine surplombante. Le glacier a revêtu un fin manteau dont la blancheur contraste avec le décor flamboyant.

Un réseau de crevasses étranges entaille la langue terminale du glacier de Ferpècle. Vu depuis Bricola, elles forment un faisceau de rides autour d’un œil taillé dans la masse de glace bleuâtre. La caverne frigorifique est entourée de blocs de glace écroulés. Un torrent plat s’en échappe un peu plus bas, puis se prélasse dans quelques gouilles couleur bleu crème.Super-Lune 1:

Dans ce décor superbe, cet œil pleure au cœur de l’observateur attentif. Il taille une vaste brèche dans la langue glaciaire et marque le recul accéléré du glacier. La couche de glace devenue un jour trop faible s’est effondrée, créant cette figure surréaliste mais temporaire, car amenée un jour à fondre entièrement. Manifestation unique d’un phénomène commun: partout dans les Alpes les glaciers reculent car les températures se font de plus en plus douces.  Novembre n’est-il pas en train de battre tous les records de douceur? La plupart du temps, les glaciers abandonnent dans leur retraite un décor de roches en ruine et de sable fin abandonnés sur des dalles lisses. Mais parfois la masse en peine abandonne une caverne latérale, un portique glacé,  isolé de sa masse par un lac ou un bout de moraine.

Il en est ainsi dans toutes les alpes. La langue du glacier du Rhône fait place à un lac profond enserré dans un verrou rocheux. Celle de l’Unteraar délaisse une vaste plaine sablonneuses dans laquelle méandre un torrent brunâtre chargé de limons. Les ogives du glacier d’Aletsch disparaissent petit à petit et de vastes pentes jadis immaculées font place désormais à de tristes et gris dévaloirs de roches disloquées. Telle est la triste mélodie du réchauffement climatique, qui ailleurs se manifeste de manière plus funeste encore.


Un torrent plat s’en échappe un peu plus bas, puis se prélasse dans quelques gouilles couleur bleu crème


Dominé par les tuyaux d’orgue de la moraine et par le Mont-Miné, le glacier de Ferpècle s’effondre sur lui-même


La langue du glacier du Rhône fait place à un lac profond enserré dans un verrou rocheux

François Perraudin twitter   
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